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mardi 23 avril 2013

Sixième image: Souper


 
Chômage vient du latin Comare qui veut dire se reposer quand il fait chaud

 À peu près six heures, toujours rien à manger.
J’ai un peu mal au cœur, le frigo est à sec.
Et en plus, pour mal faire, un paiement doit passer,
Mon compte est découvert : on m’a coupé mon chèque.
 
Soudain, j’entends frapper, et d’entrer l’inspecteur,
Juste à temps pour souper. J’offre un bol de misère,
Un verre de piquette, au lieu d’un bras d’honneur,
Question qu’il accepte d’écouter ma colère.
 
C’est que depuis Harper, ma vie s’est réformée.
Moi qui étais chômeur, fus criminalisé.
On me dit si j’arrête de pêcher en hiver,
J’aurai droit qu’à des miettes, cueillies au diable au vert
 
Puis quand j’eus terminé, il m’a regardé, fret
M’a dit : « Pour travailler, c’est du cœur qu’il faut mettre
Toute votre misère, comme votre malheur,
Vient de votre carrière d’inutile pêcheur.
 
Parce que, je regrette, mais vous ne pouvez nier
Que ce qui vous endette, c’est votre choix de carrière...
Si vous aviez du cœur, vous déménageriez
Vendriez votre honneur à une pétrolière! »

À ces mots, l’inspecteur marqua dans son cahier
Quelques mots, j’en ai peur, qui allaient me couper
Debout et en colère, j’empoignai son jacket
Et le poussa par terre, lui cassant les lunettes
 
« Si tu penses, enculé, qu’une guerre aux chômeurs
Permettra de sauver les coffres de Harper!
Ils devront bientôt faire autre chose pour payer –
Le prochain en misère : l’inspecteur syndiqué! »

Trop tard, trop fatigué, trop crotté pour commenter. Juste dire qu’ici, on le voit à la version papier, j’ai renoué avec la contrainte. Presque tout en alexandrins avec une césure classique. Ou presque - je ne suis pas poète, je suis archéologue, alors les subtilités - tant pis, me dis-je ici. La séquence des rimes, doubles (rimes plates au premier hémistiche, plates ou alternes à la fin des vers) était décidée d’avance, sauf pour les deux dernières strophes, et je suis content d’avoir réussi, parfois tant bien que mal, à la respecter. Les sons de ces rimes ont été aussi décidés dès le début, avant d’écrire le premier vers (et quand je pensais faire quelque chose de beaucoup plus court), alors que j’ai dressé une série de mots thématiques que j’aurais pu utiliser.

J’ai eu de la misère avec la finale, à cause de cadre rigide que donnaient les sons, les rimes et le rythme. Alors s’ajoutait tout le temps une strophe, pour tenter de provoquer la finale dans ce cadre. Ce n’est pas la meilleure que j’aurais pu faire, mais l’idée s’y trouve : cet inspecteur deviendra lui-même chômeur un moment donné, même s'il se croit protégé par son syndicat (on le sait que Harper se fout des syndicat) – c’est une histoire de karma finalement.

Le titre vient de Richard Desjardins, pour ceux qui ne le savent pas (autour de 2 minutes dans le lien). J’aimais le contraste entre « se reposer quand il fait chaud », et l’histoire de ce pêcheur qui ne travaille pas l’hiver.

dimanche 29 avril 2012

Pauv' conne


Tu m’excuseras pauv’ conne
D’avoir un air fâché
Quand je t’entends qui sermonne
Les étudiants révoltés
Qui ont eu le malheur
D’avoir élevé la voix
Pour défendre leur valeur
Quand toi t’en as pas
Dis-moi t’as pas eu honte
En agissant comme ça
Quand tout ce que tu montres
C’est ta mauvaise foi

Pauv’ conne tu en veux à la CLASSE
Espèce de charogne, des lunettes, ça se remplace

Les rues sont pleines de monde
Pis toi tu ne fais rien
Alors la colère gronde
Face à ton baratin
Pour se sortir de la crise
Ils se sont réunis
Parce que tu voulais qu’ils disent
Les mots que t’avais choisis
Toi tu restes à te taire
Dans un silence malin
Quand les forces policières
Lèvent un peu trop le poing

Pauv’ conne, tu t’offusques de leur silence
Mais tu te cantonnes dans un débat de sens

Tu ne saisis toujours pas
Pourquoi monte la grogne
Quand on entend ta voix
On se fout tous en rogne
Tu pensais plaire
À la base de ton parti
Mais tu nous fous en colère
Avec ton ostie d’mépris
Tu voudrais faire plaisir
Aux financiers qui chapeautent
Et permettent de réélire
Charest, Dutil et les autres

Pauv’ conne tu cesses pas de mentir
Ensuite tu t’étonnes de voir que ça empire

Ils sont tous venus
Pour pouvoir négocier
Ils ne t’ont même pas vue
Tu t’étais déjà poussée
Ils ont continué pareil
Bien tard dans la nuit
Quand est arrivé le soleil
C’était déjà fini
Tu t’es trouvée bien forte
En imposant 48 h
Car tu savais que de la sorte
T’exciterais les casseurs

Pauv’ conne tu savais déjà
Que c’tait d’autres personnes qui faisaient d’la casse

Tu m’excuseras pauv’ conne
D’être encore fâché
Après cet ultimatum
Que ton boss a donné
Pour calmer ma fureur
Il faudra plus que ça
Que de faire le frimeur
Devant l’électorat
Il ne reste qu’une chose
Pour racheter ton mépris
Ton incompétence impose
Que tu prennes la sortie

Pauv’ conne, allez, réveille-toi
Pis démissionne avant de te faire crisser là.


La situation politique actuelle, au Québec, aura ça de bien qu’elle aura réussi à m’inspirer quelque peu des vers qui sortent un peu de mes habitudes littéraires. Un ami, sur Facebook, a dit espérer que Renaud reprenne son titre P’tite conne et qu’il l’utilise pour une chanson sur Line Beauchamp, après que celle-ci ait « expulsé » les représentants de la CLASSE des négociations pour une raison bidon. Quand elle a dit que la CLASSE « s’expulsait elle-même » à cause d’une manifestation qui avait dégénéré, alors que les manifestants criaient à la trahison parce que la CLASSE avait choisi de tenir leur manif un autre jour, pour respecter, peut-être un peu sans trop que ça paraisse, la so-called trêve imposée par la ministre. Bien longue histoire un peu conne, tout le monde savait que c’était bidon, cette excuse, et plusieurs ont soupçonné que Beauchamp a fait exprès pour que dégénèrent les manifs suivantes. C’est un gros finger qu’elle a fait avec sa grosse face de cheval.

Excusez-moi, ça paraît peut-être, mais je ne l’aime pas cette dame. Je préfère les barmaids… Ceci étant dit, cet ami, avec son vœu, m’a donné une idée : faire une parodie de la chanson de Renaud, en reprenant son air, en reprenant même ses rimes, pour écrire sur notre conne nationale de l’heure. Ce n’est encore une fois rien de bien recherché, je suivais directement la pièce de Renaud en tentant de surimposer mes mots aux siens, pour que ça fit dans le tempo (wouhou, une autre expression improvisée que j’adore : fitter dans le tempo). Comme on faisait quand on était ti-cul pis qu’on ne comprenait pas les paroles de Pour some sugar on me et qu’on les réécrivait donc en français (ou dans un anglais très approximatif). Quoi, je suis le seul qui a fait ça?

Ça donne un résultat que je crois au moins égal aux parodies qu’on entend dans les Bye Bye. J’ai pris certaines libertés avec certaines rimes (notamment, la première avec CLASSE/remplace, plutôt que pas/toi). J’ai aussi tenté de reproduire le style de Renaud, avec une certaine oralité de rue dans le langage, mais sans trop exagérer non plus. Il manque donc des syllabes, ou même des mots. Mais bien sûr, je ne prétends pas arriver à la cheville du vieux loubard alcoolo pour ses vers acérés… Je ne fais que du pastiche.

(Et une confession : pour une rare fois, j’ai utilisé des dictionnaires de rimes qu’on trouve sur le net… Pas de façon généralisée, et en fait, je crois que je les ai consultés, mais je ne suis même pas certain n’avoir utilisé un mot qui venait de ces dicos, mais, tout de même… C’est drôle, ça me donne un peu l’impression d’avoir triché)

(Et un BTW, pour ceux qui se sont rendus jusqu’ici, je suis en pause du défi 30 semaines, car mes semaines, eh bien, elles sont trop chargées pour encore au moins deux semaines…)

vendredi 20 avril 2012

Sacrifions Mascouche


Mon ami, pour tenter de sauver notre face,
Alors qu'on poursuit nos magouilles provinciales,
Il suffit de faire ce qu’il fallait qu’on fasse
Mais on attendait la période électorale.
Donc, pour cacher nos manœuvres un peu louches,
            Sacrifions Mascouche.

Les crottés qui sont là ne sont pas pires qu’ailleurs.
Mais ceux-là, on les a pognés à la télé.
On allait agir, c’était une question d’heures,
Alors envoyons maintenant Marteau cogner.
            Sacrifions Mascouche.

Peut-être oubliera-t-on l’attitude méprisante
Que nous crachons sur les travailleurs de demain,
Alors que crient les jeunes en tabarnouche,
            Sacrifions Mascouche.

Et il faut le temps que retombe la poussière
Sur notre plan Nord, élaborés entre amis.
En donnant à rabais nos ressources minières,
Certains disent qu’on a vendu l’économie.
Pour faire oublier les enverdeurs farouches,
            Sacrifions Mascouche.

Pour sans doute y découvrir des chiffres choquants,
Il faudrait qu’on fasse que les médias racontent
N’importe quoi, mais pas notre financement.
On donne Accurso, on fait la nitouche...
            Allons, sacrifions Mascouche!

Et au final, si cela n’est pas suffisant
Pour enlever la crasse de tous nos scandales,
C’est simple, je te dirai en souriant
Qu’il nous faut aussi sacrifier Laval...
            Et puis, Boisbriand!


Le texte ci-dessus diffère de l'original scanné, parce que je l'ai retravaillé, notamment pour lui donner une constance dans la longueur des vers et améliorer certains passages, sur la version dactylographiée. La page écrite était trop pleine, et écrite trop rapidement (j'avais de la difficulté à me relire!!) pour que je puisse compter les pieds correctement sur ces pattes de mouches...

J'aime le ton ironique de ce poème, et je suis surpris de la rapidité que ça m'a pris pour écrire le premier jet, hier soir. Faut dire que l'inspiration à ce sujet était facile à trouver...

dimanche 25 mars 2012

Vénusse



VÉNUSSE 

Légèrement vêtue comme une brune Vénus
Servant son nectar aux barbares rassemblés
Exposant aux regards son magnifique buste
La courbe magique de son muscle fessier
Elle pourrait causer des guerres
            Sur la Terre entière
Et n’aurait qu’à se pencher
            Pour les arrêter 

L’autre soir, je me suis arrêté pour boire une grosse bière au Pub O’Totem de Donnacona, en revenant du travail. Étonnamment, c’est plein le jeudi soir – je ne pensais pas qu’il y avait un night life à Donnacona, me voilà renseigné. Sans doute que le karaoké aide à attirer des clients (et non, je n’ai pas chanté, j’ai déjà eu ma leçon), mais ce sont sans doute les barmaids qui sont la cause principale de la grande quantité de testostérone dans le bar. Je dédie ces vers, gribouillés dans mon petit carnet de cuir qui a repris du service, à l’une d’elles. Une barmaid en plastique au corps de revue, et au sourire aussi sincère que… bon, je ne trouve pas de comparaison, je me suis perdu dans le souvenir de la contemplation de ce que peut faire la nature quand elle est un juste petit peu aidée par des vêtements trop serrés et, qui sait, d’un ou deux coups de bistouri… 

Le titre, Vénusse, réfère à la déesse romaine, bien entendu, mais telle qu’elle serait nommée par ces hommes un peu saouls qui vont commander leur Coors Light dans le décolleté de la mam’zelle (pas moi – moi, je suis Molson Ex). Tous ceux qui venaient au bar chercher leur breuvage se sentaient obligés de laisser tomber un commentaire un peu épais ou un peu grossier, avant de repartir avec leur rire un peu gras. Manque de classe, que je me disais, bien assis à ce même bar – moi, j’avais au moins la décence de garder le silence. Il ne faut pas être bavard devant une statue romaine (à laquelle on aurait réduit la taille et grossit la poitrine, bien sûr; les canons évoluent…). 

Le propos est superficiel, et traite de superficialité. Oui, je réduis cette demoiselle à son seul corps – ce n’est sans doute pas correct, mais je l’assume entièrement. Je n’ai aucune envie de jaser avec la dite dame, mais je retournerais bien lui acheter une bière… Je célèbre donc au départ son corps, ce qui est superficiel peut-être, mais tout de même gentil, je crois. Les cinq et sixième vers rappellent encore le monde mythologique gréco-romain, en insinuant que cette « Vénusse » pourrait, à l’instar d’Hélène de Troie, être la cause d’une guerre (ou d’une bagarre de bar) si elle avait le malheur de battre les cils dans une mauvaise direction. Mais c’est dans la finale que je donne une teinte particulière à la pièce, à la façon d’un impromptu un peu baveux, et un peu déplacé. Si la dame devait me lire, son sourire flatté tomberait à la fin du septième vers, et elle pourrait vouloir ponctuer le suivant d’une gifle. 

Au départ, je visais un sizain d’alexandrins. Mais je n’arrivais pas à garder le sens que je voulais, exactement, dans les deux derniers vers, en réduisant le nombre de pieds à 12. J’avais besoin des deux pieds supplémentaires afin de garder l’aspect hypothétique – elle pourrait causer des guerres, et elle pourrait les arrêter. Réduire l’avant-dernier vers, et mon sens devenait qu’elle causait les guerres, ce qui est évidemment pas le cas d’une barmaid qui travaille dans un obscur débit de boisson de banlieue éloignée.  

J’ai donc choisi de les diviser, ce qui a de toute façon un impact que j’aime dans le rythme, pour la finale. La description garde ainsi un style classique, qui sied à la comparaison que je fais avec Vénus et laisse l’impression qu’il s’agit d’une pièce romantique un peu convenue. Le rythme change pour la finale, avec un 8-5 suivi d’un 7-5. J’utilise rarement des vers impairs, je ne sais pas pourquoi, et je dois avouer que j’ai cherché à faire du 8-6 – ou du moins, à les rendre constants (8-5-8-5, ou 7-5-7-5). Mais je n’aimais pas ce que ça donnait. 

Je suis assez content du résultat. J’aime la succession des sons et le rythme interne de chaque vers. Le travail que j’ai eu à faire après la première écriture disqualifie sans doute le qualificatif d’impromptu que j’aurais aimé leur donner, et qui aurait été un clin d’œil à un autre truc que j’ai écrit il y aura dix ans très exactement demain, à ce que je viens de voir (j’ai parfois noté la date de ce que j’écrivais) – comme quoi il semble y avoir un cycle dans mes mots. Pour votre plaisir, écrit le 26 mars 2002, au Palladium, si je me souviens bien : 

IMPROMPTU – À LA BARMAID 

Damoiselle, ce seigneur semble te trouver fort belle
De la façon dont te regardent ses yeux pervers
Dis-moi, qu’en serait-il si tu n’étais pas celle
            Qui lui apporte sa bière?