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vendredi 10 mai 2013

Only for you

En dépit de tous nos mystères silencieux
Des grafignes qui ornent nos cœurs d’amoureux
Il restera encore du temps pour nous deux
            Si tu veux

Rapidement je publie ce petit quatrain composé ce matin, en voiture, en chemin vers Trois-Rivières au son de Jay-Jay Johanson. Cette petite version, un peu facile, m’est venue spontanément, et je l’ai mise sur papier en entrant au bureau. Spontanément, enfin, pas tout à fait – j’y avais déjà pensé en écoutant la pièce à d’autres occasions. Mais jamais d’une façon aussi achevée. J’ai régularisé la métrique ce midi en mangeant mon riz au poulet sans saveur (ayant préparé mon lunch ce matin beaucoup trop rapidement…), bien que peu de changements étaient nécessaires (l’avantage d’écrire – même si ce n’est qu’en pensée – au son de la musique). J’ai aussi modifié passablement le troisième vers (restera au lieu de reste, encore plutôt que toujours, et du temps à la place… d’une place). Des petits changements, mais qui lui donne meilleure gueule, il me semble. Meilleur sens aussi.

C’est bon, Jay-Jay Johanson. Si vous ne connaissez pas, vous devriez écouter.

mardi 19 mars 2013

Quatrième image: un étranger


VERSION DE I REMEMBER NOTHING

Nous étions étrangers
Étrangers depuis si longtemps

Ensemble nous ne faisions que passer le temps
Nos corps immobiles assis côte à côte
Nos têtes collées mais nos esprits divergents
Ignorant tout de la vie l’un de l’autre
                        Ça faisait si longtemps
                        Nous étions quelqu’un d’autre 

Soudain mon corps tressaute violemment
Le tien réagit puis retombe sans bouger
Nos corps s’affaissent désespérément
S’abandonnent au vide comme deux crucifiés
Mon âme s’enfuit dans un monde mort-vivant
La tienne s’éteint comme une fin de journée           

Depuis longtemps, deux étrangers
 

Mais qu’est-ce que je viens d’écrire? 

Le troisième thème m’a été difficile, et je suis dans les faits en retard d’une semaine – j’aurais dû le déclarer comme échec bien avant. Les raisons sont multiples : le travail encore, les soucis aussi (c’est joli, « les soucis aussi »), et l’inspiration. J’ai eu bien des idées, quelques ébauches – l’étranger est un thème qui m’est habituellement plus facile, qu’il soit moi, un autre, ou personne. C’est peut-être à trop forcer, justement, pour sortir de mes lieux-communs, qui me semblaient depuis deux semaines un peu clichés, que je me suis retrouvé devant une impasse. 

Hier, en mettant de la musique dans ma voiture, je me suis soudainement souvenu de I remember nothing de Joy Division. En fait, je ne me souvenais plus du titre. Et que vaguement des paroles. Mais je me souvenais de cette première phrase – we (eeeeeeeee) were strangers – et j’ai pensé que ça pourrait être une piste. De retour en soirée à la maison, je suis descendu dans mon antre, chargé Unknown Pleasures – un plaisir qui est effectivement inconnu de bien des gens, quel disque! – puis j’ai trouvé les paroles sur le web. Évidemment, les lyrics de Ian Curtis sont un peu plus obscurs que ceux de Justin Bieber (me dit-on), mais j’avais là une source certaine pour une version qui pouvait devenir intéressante. Je m’y suis mis hier soir, un peu ce midi, puis ce soir.

Alors, je le répète, qu’est-ce que je viens d’écrire? 

Sincèrement, je ne sais pas trop, et je n’ai pas vraiment envie d’en faire l’exégèse. Je suis loin d’une traduction du texte de Curtis, mais je crois avoir respecté sensiblement l’ambiance de l’original, et même son thème, même si celui-ci est sujet à de multiples interprétations. Tout Unknown Pleasures est un ouvrage d’ambiance, et I remember nothing l'est encore davantage. 

Je ne peux toutefois dire que je suis pleinement satisfait du résultat. Je trouve cette pièce décevante. J’y ai planché pas mal, redressant des vers qui ne me plaisaient pas, parfois juste pour un mot que je n’aimais pas, parfois pour la mesure – ce que j’avais laissé de côté dans mes derniers textes. Dans ce cas-ci, je trouve que le rythme a bénéficié beaucoup d’avoir une certaine régularité dans la longueur des vers. Mais bon, peut-être à cause de l’obscurité du tout, j’ai un peu de misère à l’apprécier. J’aime les choses qui veulent dire quelque chose, habituellement. Le sens, caché, se révélera peut-être pour celui qui le lira.

mardi 27 novembre 2012

Vulgarisation de The Ubiquitous Mr Lovegrove


Tu m’échafaudes
            Puis tu me dégringoles
Tu fais la chaude
Et je fais le mongol
Tu me fais marcher
            À la poursuite d’une ombre

Tu donnes espoir,
            Puis me donnes perdant
Me fais croire
            Que je rêve tout le temps
Tu as condamné
            Mon cœur au creux d’une tombe

Si tu oses prétendre
Que je n’y étais pas
Quand j’étais à t’attendre
Juste à côté de toi
Si tu oses prétendre
Que je n’y étais pas…
Je n’arrive plus à te croire

Les derniers mois ont été silencieux de ma part, une paresse littéraire semble s’être emparé de moi et je pourrais tenter de la justifier de mille et une façons, juste pour me la rendre acceptable à moi-même car ça ne concerne personne d’autre, mais il faut simplement se rendre à l’évidence : arrive un temps, dans la trentainte-avec-des-enfants-pis-une-job, où le temps, eh bien, il n’arrive pas. J’en ai eu deux confirmations au hasard de la semaine dernière.

La première, dans un dédale de cliques et recliques sur la grande Toile inutile, où je suis arrivé sur le côté anglo du blog d’une écrivaine ontarienne bilingue – toujours comique de lire les autobiographies d’auteurs semi-professionnels sur leur blogue, dans lesquelles chaque petit événement de la lointaine enfance a un impact fondamental sur leur personnalité littéraire actuelle : « quand j’étais garçon, je pêchais des têtards dans le fossé de la 8e avenue, et depuis, je n’ai arrêté de vouloir franchir l’onde pour aller fouiller la vase dans le fond de l’habitat des têtards qui m’entourent », tiens, je viens de commencer mon auto-biographie. Outre ses souvenirs intra-utérins (je caricature), il y avait un commentaire qui s’adressait on aurait dit à moi, où elle écrivait « Louis, le plus dur quand on écrit, eh bien c’est de écrire », et où elle se plaignait qu’il fallait qu’elle élève ses enfants, qu’elle aime son chum, et puis qu’elle travaille (au gouvernement – au moins, elle, elle aura une pension, la fonctionnaire!). C’était joliment dit, et combien vrai : quand on veut écrire, il faut simplement écrire, mais pour ça, il faut écrire. Au moins, je continue d’y penser, ce que je ne faisais plus depuis belle lurette avant janvier dernier – l’année aura au moins servi à ça.

L’autre confirmation, c’était en espionnant des conversations pas rapports de copains facebookiens. Quelqu’un que je connais disait qu’elle n’avait plus temps de faire de la photo et qu’elle s’en ennuie, et puis un autre quelqu’un que je ne connais pas qui répondait il faut prendre le temps de prendre le temps, wow merci, et puis un autre inconnu qui rerépondait à l’autre inconnu haha le temps les enfants les parents la job la vie dans la même phrase haha ben oui. Comme quoi, juste cette semaine, on a l’air d’être une couple de personnes qui prennent le temps de penser au temps. C’est déjà ça.

Mais j’en ai du temps, avec la route pour me rendre n’importe où, mais ce n’est pas facile d’écrire en conduisant – et la télé me dit que c’est pas une bonne idée non plus. Je pense à des trucs, parfois, et il m’est même déjà arrivé de me ranger pour l’écrire, mais pas souvent parce que, quand je suis sur la route, j’ai souvent faim ou je suis endormi. Alors, je veux me rendre n’importe où. Et puis, depuis que je suis équipé d’un téléphone semi-intelligent, dixit le vendeur de Vidéotron (je n’aime pas les machines plus intelligentes que moi), j’ai une joyeuse fonction qui s’appelle « enregistrer des mots en rentrant dans le cul du 10 roues qui me précède ». Et c’est par cette fonction, en revenant de Trifluvie jeudi dernier, que j’ai mémorisé les quatre premiers vers de cette version de The Ubiquitous Mr Lovegrove de Dead Can Dance. J’ai poursuivi l’écriture sur la table de la cuisine avant d’aller me coucher, puis un peu le vendredi, ce week-end, hier…

C’est en écoutant la pièce, fort jolie et beaucoup plus poétique que ma vulgarisation, ou québéquisation, que j’ai pensé aux premiers vers que j’ai trouvé bien comiques. J’ai voulu poursuivre avec ce même ton un peu casual, mais mes vieilles habitudes sont revenues. Le rythme s’est installé et je l’ai peaufiné un peu – il rappelle un peu celui de la pièce musicale, mais avec la rigidité de la métrique écrite. Rigidité, ici, qui m’agace : je lis « Moi j’fais l’mongol » plutôt que « Moi je fais le mongol », et c’est comme ça partout. Mais j’ai déjà dit que je n’aimais pas les raccourcis de métrique comme les interjections ou les élisions à l’écrit.

Je suis déçu d’avoir perdu un vers. À l’origine, la fin de la première strophe se lisait ainsi :

Tu me fais danser
            Au rythme de ta déhanche

J’aimais bien cette idée d’être esclave – concept directement repris du vers original – d’un coup de hanche volontairement jeté dans sa direction avec une négligence étudiée. Ça allait bien avec l’esprit de la pièce. Mais je n’arrivais pas à le faire suivre, à la fin de la deuxième strophe. J’aurais pu sacrifier la rime, mais une rime sacrifiée dans un ensemble rimé, ça fait cheap. Ça m’a toutefois permis d’emprunter l’image de la tombe, elle aussi liftée du vers original qui a toutefois beaucoup plus de mérite :

Now I’m serving time in a domestic graveyard

La dernière strophe est arrivée comme un a posteriori, comme dans la chanson aussi, où ce propos est aussi mis à l’écart de la mélodie principale, comme épilogue à la pièce. J’aime l’effet que ce changement de rythme apporte à la finale.

mercredi 10 octobre 2012

Inspiré de When Under Ether


INSPIRÉ DE WHEN UNDER ETHER

J’observe se défiler les rideaux
Qui s’enroulent contre le temps
Comme la bande vidéo
D’un futur inexistant

Sous les vapeurs de l’éther
J’ai construit son avenir
Comme l’aurait fait une mère
Comme s’il pouvait survivre

Une femme me prend la main
Et me regarde avec bonté
Je lui raconte le récit incertain
De tout ce qui aurait pu exister

Cette vie qui m’aurait fait mère
Meurtrie sans être née
Disparaît doucement dans l’éther
Et s’envole vers l’éternité




Inspiré, très fortement, de When Under Ether de PJ Harvey, mais sans être une traduction (j'en reviens à l’idée de version), et aussi de la triste histoire d’un ami. Un peu brut, ces vers pourraient mériter d’être polis, mais j’ai l’impression que c’est l’inspiration d’un moment (d’un long moment – 50 minutes du bureau à la maison…). Je ne sais pas si je devrais mettre ça dans l’état actuel. Bah. Tant pis. Je l’aimais bien tantôt.

dimanche 23 septembre 2012

Fragment chez Purolator - We came along this road



J’étais ton amant
J’étais ton copain
Mais pour toi tous mes sentiments
Ne valaient plus rien

Tu étais mon amante
Tu étais mon amie
Pourquoi a-t-il fallu que tu me mentes
Pourquoi m’as-tu trahi?

Écrire, écrire, écrire dès que j’en ai l’occasion, et provoquer l’inspiration, même si c’est de la petite rimette sans envergure, pour exercer le muscle d’écriture.

C’est Nick Cave qui m’a inspiré encore une fois. Ça faisait quelques jours que je pensais travailler à une nouvelle traduction d’une pièce de No More Shall We Part – je pensais à The Sorrowful Wife, mais le sous-texte et ses différentes interprétations possibles me faisaient craindre de n’y voir que le premier niveau, de manquer ce qui rend cette pièce si bonne (et puis, sans piano, alors que toute l’émotion de cet homme qui regarde sa triste épouse passe par ce piano).

En montant chez Purolator (une route de 30 minutes, quand même, c’est pas la porte, ça laisse le temps de réfléchir…), je réécoute encore crier cet époux désespéré – J’étais aveugle! J’étais un con! – puis commence We came along this road, une pièce que j’ai toujours trouvé secondaire sur cet album. Deux couplets, non consécutifs, m’ont accroché et se sont inscrits dans ma tête, un peu à cause de l’apparente facilité de les traduire.

I was your lover
And I was your man
There never was no other
I was your friend
Till we came along this road

Et puis

You were my lover
You were my friend
There never was no other
Hope you understand
Till we came along this road

Puis je me suis mis à jouer un peu avec la « traduction » que j’avais en tête, changeant l’ordre des idées, et puis changeant un mot ici et là, et puis changeant un sens ici et là, et puis y ajoutant une nouvelle symétrie et une complétude que ne pouvaient avoir les originaux sans le reste de la chanson. Et puis, j’en ai fait ce qu’on pourrait appeler une version. On faisait ça dans mes cours de Grec (ou de Latin, je ne sais plus) – en fait, on fait ça dans tous les cours de langue, mais on appelle ça traduction, alors que dans ce cours-là (ça doit être celui de Grec, car il me semble ne pas avoir retenu grand-chose du Latin), on appelait ça « version », par opposition à « thème ». Mais le mot « version » prend un sens complémentaire dans ce que je fais ici et là et que j’appelais avant « traduction » : je ne dis pas en français ce que voulait dire l’auteur original, mais je me l’approprie, et j’en change même le sens. Comme si je décharnais ses vers, reprenais leur squelette que je réalignais différemment avant d’y greffer une chair qui serait la mienne. Ce n’est pas du Original LG, mais c’est plus qu’une bête traduction. C’est une version; ma version.

La valeur de ce genre d’écriture pourrait être discutable – dans le sens qu’on pourrait en discuter. Non, ce n’est pas du tout-moi, mais l’exercice me plaît bien, pour le muscle surtout. Écrire, écrire, écrire, même quand je n’ai rien à dire – pour que je puisse éventuellement écrire sur commande. À ce moment-là, je serai écriveur.

Le papier, alors là, je me suis surpassé! Pas de crayon ni de papier avec moi en arrivant chez Puro, et une peur bleue de perdre ma rimette. Heureusement qu’il y avait une file, un crayon attaché au comptoir et mon slip de livraison entre les mains… Encore une fois, j’ai probablement eu l’air bizarre.

lundi 20 février 2012

Love Letter


Je tiens une courte lettre à la main
Une demande, un plaidoyer, une prière
Le cri de mon cœur qui la réespère
Qui ne peut pas supporter que ce soit la fin

J’embrasse l’enveloppe avec espoir
Mes lèvres caressent son joli nom
Si peu de mots pour en dire si long
Alors que se gonfle dans la nuit le ciel noir

Douce missive,
Va la quérir
Douce missive,
Va le lui dire 

Soudain souffle et m’ébranle un triste vent
Qu’une poignée de mots pour tout changer
Je l’aime et pour toujours je l’aimerai
Même si le ciel m’inonde de ses tourments 

« Ce que j’ai dit je ne le pensais pas vraiment
C’est une erreur je ne le pensais pas vraiment
Je te jure je ne le pensais pas vraiment
            C’est sorti, n’importe comment »

Douce missive,
Va le lui dire
Douce missive,
Va la quérir

Que tes baisers pleuvent sur moi
Oui, qu’ils pleuvent comme un orage
Je te vois t’approcher comme un mirage
J’hallucine c’est faux ce n’est pas toi 

Où suis-je que fais-je je perds l’esprit
Debout sous cette pluie et ce tonnerre
Dans mes mains une lettre, dans mon cœur une prière
            Murmurée dans la pluie…

… Reviens.

Une nouvelle traduction, que je devrais plutôt appeler « interprétation ». Cette fois-ci, c’est à la poésie de Nick Cave que je m’attaque, avec sa pièce Love Letter. Je reprends cette fois-ci uniquement le propos, me distançant tant de la rime que du rythme de l’original. Celui-ci étant une chanson, j’en fais un poème, qui permet moins de liberté avec la métrique (car en chantant on peut toujours allonger les sons, ou les raccourcir). Et je découvre par la même occasion à quel point il est intéressant de faire cet exercice, pas uniquement comme activité d’écriture, mais aussi pour comprendre, ou s’approprier, une pièce. 

La chanson de Nick Cave semble plutôt évidente, de premier niveau : un homme a écrit une lettre à sa bien-aimée qui l’a quitté, et est sur le point d’aller la poster. Cette lettre serait l’espoir qu’elle revienne. À travers cela, on trouve quelques références au temps qu’il fait, qui s’annonce mauvais, et que j’avais toujours comprises simplement comme un décor lors de mes écoutes distraites. Et puis, à l’écriture de ma version, j’ai été confronté à ces vers de la dernière strophe (en fait, ces lignes du dernier couplet…) :  

And for all who’ll come before me
In your slowly fading forms
I’m going out of my mind
Will leave me standing in
The rain with a letter and a prayer 

J’ai soudain réalisé (peut-être à tort) que cet homme attend sous la pluie, et qu’il reste seul, que sa lettre est restée, well, lettre morte. En fait, qu’il ne l’a pas même postée. En première écriture, j’en ai sorti mes deux dernières strophes, dont la forme visait à illustrer une folie, et une panique en prenant conscience de cette folie, qui envahit le narrateur. Il voit la pluie comme la douce caresse de son amour, qu’il voit s’approcher dans la nuit, avant de prendre conscience qu’il est toujours là, toujours avec sa lettre.  

En deuxième écriture, j’ai réinterprété le sens que je donnais aux détails météorologiques. Dès le départ, l’homme sait que sa lettre sera inutile, mais il espère tout de même. Le ciel qui se gonfle, c’est le malheur qui s’annonce. Le vent qui ébranle, c’est le doute qui s’installe, mais tant pis il accepte déjà d’accepter la souffrance du refus. Puis, il se relit. Cette excuse qui se répète – il faut entendre Nick Cave répéter sa phrase Said something I did not mean to say en ne changeant que l’intonation de certains mots, comme si c’était trois arguments différents (à 2:04 dans le lien)– c’est l’excuse éternelle du regret, d’avoir fait ou dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Le narrateur réalise que ce n’est pas suffisant, que ça ne peut plus être suffisant. Sous la pluie, il rêve que d’une façon magique tout est revenu comme avant, puis réalise qu’il est toujours là, dans la rue, sous la pluie, sans plus de raison. 

L’avant-dernier vers de la dernière strophe ne respecte plus du tout la métrique du reste du poème – le narrateur a abandonné, il n’essaie plus. Un dernier soupir, et puis il retourne chez lui, abandonnant à la tempête sa lettre.

mercredi 1 février 2012

Semaine 5: Meilleur Ami



Je me rends jusqu’au Pub
Je me sens assez sobre
Peut-être y reste-t-il de mes amis
Oui – à votre santé
Pour m’avoir pardonné
Ou peut-être pour n’avoir rien compris

Le thème imposé cette semaine me permettait d’aller dans plusieurs directions. J’ai essayé d’aller sur une route particulière, mais ça n’a pas fonctionné : quand j’ai tenté cette voie, je sentais que je restais en surface, et un tel sujet ne pouvait se contenter de vers superficiels – pour avoir une quelconque valeur, ça aurait dû être des tripes, ou rien du tout. J’ai choisi rien du tout. Ce n’est pas l’objectif du défi que d’exposer mes tripes.

Ça m’a permis de faire quelque chose que je voulais faire depuis quelque temps : de la traduction. Un original qui m’impose un propos et une forme. Je demeure ici très près de l’original – c’est ma première tentative –, mais éventuellement, à mesure que je reprendrai confiance dans ma plume, je pourrais tenter de m’en éloigner.

L’original est de Leonard Cohen – je fais cet exercice en toute humilité, et avec admiration, car rien de ce que j’écris ne peut arriver près de l’ombre de Cohen. Nombreuses sont ses pièces dans lesquelles la poésie semble pouvoir à elle seule créer pour moi une très forte réaction émotionnelle. La musique aide, bien entendu, mais ce sont les mots qui sont mis de l’avant. La pièce est The Night Comes On, c’est le dernier couplet (à 3:25 dans la version en lien):

Now the crickets are singing
The vesper bells ringing
The cat’s curled asleep in his chair
I’ll go down to Bill’s Bar
I can make it that far
And I’ll see if my friends are still there
Yes, and here’s to the few
Who forgive what you do
And the fewer who don’t even care […]


Je voulais respecter la rime et le rythme, mais je dois avouer ne rien connaître à la métrique anglophone – si on compte les pieds à la française, ou presque, on a 6/6/9 - 6/6/9 (j’ai dit presque), qui suit évidemment la rime. C’est ce que j’ai tenté de reproduire (j’ai fait 6/6/10, je sais). Heureusement, dans un tel cas, la musique aide à maintenir le rythme, alors c’est plus facile.

Je voulais aussi me coller au propos, mais je dois nécessairement faire ma propre interprétation du sens, tout en le rendant plus signifiant pour moi. Je crois que Cohen raconte l’histoire du point de vue de la fin de la vie du narrateur (les trois premiers vers que je n’ai pas traduits) – pas moi. Le toast à ceux qui pardonnent, qui s’en foutent (pour Cohen) ou qui n’ont pas saisi que je n’y étais plus (pour moi), je le vois comme un remerciement de ne pas demander pourquoi il était parti ni ce qu’il a fait, et de l’accueillir comme s’il avait toujours été là, comme s’il n’avait pas changé lui non plus. Car ce sont là les meilleurs amis, ceux qu’on n’a pas vus depuis des années, et qu’on retrouve comme si c’était hier.

« I can make it that far » m’a donné une certaine difficulté à l’interprétation (et aussi à la rime une fois que j’eus choisi le Pub comme décor…). Si, pour Cohen, il s’agissait de distance temporelle, et (surtout) émotionnelle (c’est mon interprétation que je sors de nulle part) – je peux y aller, même si c’est loin dans le temps et loin dans mon cœur – je prends plutôt la route du souvenir – je peux y aller, car je n’ai pas encore oublié, je ne suis pas encore trop saoul de quotidienneté pour oublier mon passé.