jeudi 14 février 2013

Eh ben, c'est la Saint-Valentin

Parce que je veux que tu te sentes aussi belle
     Aussi belle que je te vois
Parce que je veux que tu te trouves aussi douce
     Aussi douce que sous mes doigts
Et parce que je veux que tu te saches aimée
     Aussi aimée que la première fois

C'est la Saint-Valentin, alors valentinons. Ou valentons. Ceci devait au départ aller simplement dans une carte, avec un cadeau. Mais, tiens, pourquoi pas - je voulais ranimer ce blog endormi, alors voilà. Il manque un pied à l'avant-dernier vers, et la finale en a deux de trop, si je voulais être tétouillard, mais je ne pense pas que la destinataire s'en plaindra beaucoup. Ce n'est pas quelqu'un qui se formalise de ces questions de forme...

Et, avouez-le damoiselles, il n'y a pas de plus belles quétaineries de votre mec qu'une quétainerie publique.

[Edit] J'ai corrigé l'avant-dernier vers, plutôt simplement.

mardi 12 février 2013

Nouveau Défi


Bon, bon, bon, apparemment j’ai besoin d’un coup de pied dans le cul pour prendre un crayon et écrire des trucs, alors voilà, je me donne un coup de pied dans le cul et je me force l’orgueil pour me remettre à J’Inexiste. Bon, ce n’est pas tout à fait vrai que je n’écris plus, et comme je le disais ailleurs, c’est déjà ça, au pire, maintenant je réalise que je n’écris plus, alors quand même, c’est un pas en avant. Je pense, j’y pense, j’y réfléchis souvent, et il m’arrive de jeter sur papier des scribouillis. Souvent, c’est nul, surtout quand je me propose d’écrire quelque chose, je barbouille alors par-dessus, pousse le papier, puis le mets à la corbeille éventuellement, quand j’ai besoin de place sur le bureau pour m’étendre un peu. J’ai vraiment écrit des trucs mauvais de cette façon, c’est presque gênant. J’espère que les travailleurs au recyclage ne s’amusent pas à lire les scribouillis à recycler. Je devrais les prendre comme papier d’allumage par grands froids, ce serait plus prudent.

Parfois, c’est bien, enfin, je trouve ça bien, ce qui veut dire ce que ça veut dire. Je suis généralement assez sévère avec moi-même quand il s’agit du travail, peut-être aussi quand il s’agit du reste, mais être sévère avec soi-même, c’est tout relatif. Je veux dire, c’est clairement biaisé, parce que j’ai naturellement un certain conflit d’intérêts, alors voilà, me voilà baisé. Je suis sévère avec moi-même, c’est pourquoi je suis incapable de faire confiance à mon jugement, et qu’a posteriori je trouve poche des trucs que je trouvais bien, ou bien des trucs que je pensais nuls. Au bout du compte, anyway, pourquoi s’en faire – c’est pas comme si c’était grave. C’est là-dessus que je devrais m’accrocher. Ça n’a aucune importance si c’est nul ou non, l’idée c’est d’aligner des mots.

Non, c’est faux, ça a une importance. À quoi bon écrire si ce n’est pas pour valoir la peine d'être lu? Pourquoi est-ce que j’écris, au bout du compte? Je reviens à cette question. Parce que j’aime ça? Parce que je me prétends que ça vaut la peine? Pour me donner un style, peut-être, une identité, objectif que je cacherais sous ce titre prétentieux d’humilité, J’inexiste?

Je crois que j’écris parce que j’ai écrit. En 6e année du primaire, j’avais joint un club de poésie, animé par une enseignante de maternelle, je crois – pas certain, mais sa façon d’être allumée me fait penser à ça aujourd’hui. Une tripeuse de Félix Leclerc, que j’aimais bien, moi aussi, déjà, grâce à une cassette audio que ma mère avait achetée. Je sais que j’avais déjà fait des poèmes avant ça. Pendant mon secondaire, j’ai utilisé mon teen angst pour noircir des paquets de 200 feuilles lignées que je traînais dans leur emballage de plastique d’origine à tous mes cours (j’utilisais ces papiers pour dessiner des têtes empalées, aussi – le seul dessin que j’étais capable de faire avec un certain talent). Dans ma jeune adulterie, j’ai mélangé plus souvent qu’à mon tour crayon et alcool. J’écris, donc, parce que j’écris.

Maintenant, pourquoi est-ce que je publie tout ça ici? Sans doute pour être lu, notamment par les personnes… qui me lisent. Sans plus. Mais rien de moins. C’est quand même pas mal, savoir que des gens – pas beaucoup, mais quelques-uns, qui ne sont pas obligé d’aimer ce que je fais (parce qu’ils seraient de mes géniteurs, ou de mes épouses, par exemple – quoique je soupçonne que ma mère – ou mon épouse – n’aime pas tout ce que j’écris ici…) viennent ici à chaque fois que j’y mets quelque chose. Savoir qu’en plus de ça, de temps en temps, d’autres viennent aussi me lire, de façon irrégulière, pour le plaisir d’aimer ça, un peu – ou de détester, beaucoup, et de me trouver stupidement prétentieux d’écrire. De temps en temps, j’ai touché quelqu’un suffisamment pour qu’on écrive quelque chose, publiquement ou en privé, de gentil. Ça fait plaisir. C’est plus agréable que d’avoir des nouvelles d’un rapport technique sur des trous creusés dans le coin de Causapscal…

Je viens de relire ce que j’avais écrit au début du défi 30 semaines. Ça s’applique toujours pour ce nouveau défi. J’aurais pu terminer le 30 semaines, que j’ai échoué à la moitié, mais ça me tente d’avoir du nouveau. Je pique à une amie cette idée, originellement pour des photos en février : Le Photo A Day Challenge devient pour moi Une Image Par Semaine. Je regarde les thèmes, et je le sens bien – surtout parce que je n’y vois pas de « favorite whatever ». J’ai hâte à la vingt-septième semaine. Et c’est en même temps une façon de remercier, indirectement, cette amie qui a été de celles qui m’ont encouragé à continuer, simplement en me faisant savoir qu’elle lisait, de temps à autre, et que, parfois, elle aimait bien.
 

Et puis, je me rappelle avec force mon vœu : Toujours être meilleur que Jonathan Painchaud ou Boom Desjardins. Parce que je ne suis pas un chanteur populaire, qui aux dires de plusieurs a vraiment tout pour plaire, derrière sa façade, de stoïque bellâtre, je ne suis pas aussi solide qu’une statue de plâtre, alors fuck me si je pousse pousse pousse de la fonte, pour oublier la honte d’écrire une merde aussi désolante.

Ça va bien finir par me mordre au cul, ce genre de pensée méchante.


PS - question d'écrire quelque chose que n'apprécierait pas ma mère ou ma douce, justement, et d'éviter de faire un post sans vers, voici en grande première un Impromptu que j'avais écrit en 2003, alors que je trempais souvent ma plume dans l'alcool. Je regardais plus tôt les dates de mes documents informatisés pour y déceler le hiatus, mais ça ne marche pas, car ceci, écrit en 2003, a été informatisé en 2008... Mais ça m'a bien fait sourire...

IMPROMPTU

À trois mètres devant moi elle danse
Se meut et m'appelle d'une flamme
Et mes yeux assistent à la déhanche
De cette petite et jolie dame

Hélas le travail de cette allumeuse
N'a de finalité que l'intérêt du regard
Je sais qu'elle resterait dédaigneuse
Si au-delà je lui présentais mon dard

(excusez-là)

mardi 27 novembre 2012

Vulgarisation de The Ubiquitous Mr Lovegrove


Tu m’échafaudes
            Puis tu me dégringoles
Tu fais la chaude
Et je fais le mongol
Tu me fais marcher
            À la poursuite d’une ombre

Tu donnes espoir,
            Puis me donnes perdant
Me fais croire
            Que je rêve tout le temps
Tu as condamné
            Mon cœur au creux d’une tombe

Si tu oses prétendre
Que je n’y étais pas
Quand j’étais à t’attendre
Juste à côté de toi
Si tu oses prétendre
Que je n’y étais pas…
Je n’arrive plus à te croire

Les derniers mois ont été silencieux de ma part, une paresse littéraire semble s’être emparé de moi et je pourrais tenter de la justifier de mille et une façons, juste pour me la rendre acceptable à moi-même car ça ne concerne personne d’autre, mais il faut simplement se rendre à l’évidence : arrive un temps, dans la trentainte-avec-des-enfants-pis-une-job, où le temps, eh bien, il n’arrive pas. J’en ai eu deux confirmations au hasard de la semaine dernière.

La première, dans un dédale de cliques et recliques sur la grande Toile inutile, où je suis arrivé sur le côté anglo du blog d’une écrivaine ontarienne bilingue – toujours comique de lire les autobiographies d’auteurs semi-professionnels sur leur blogue, dans lesquelles chaque petit événement de la lointaine enfance a un impact fondamental sur leur personnalité littéraire actuelle : « quand j’étais garçon, je pêchais des têtards dans le fossé de la 8e avenue, et depuis, je n’ai arrêté de vouloir franchir l’onde pour aller fouiller la vase dans le fond de l’habitat des têtards qui m’entourent », tiens, je viens de commencer mon auto-biographie. Outre ses souvenirs intra-utérins (je caricature), il y avait un commentaire qui s’adressait on aurait dit à moi, où elle écrivait « Louis, le plus dur quand on écrit, eh bien c’est de écrire », et où elle se plaignait qu’il fallait qu’elle élève ses enfants, qu’elle aime son chum, et puis qu’elle travaille (au gouvernement – au moins, elle, elle aura une pension, la fonctionnaire!). C’était joliment dit, et combien vrai : quand on veut écrire, il faut simplement écrire, mais pour ça, il faut écrire. Au moins, je continue d’y penser, ce que je ne faisais plus depuis belle lurette avant janvier dernier – l’année aura au moins servi à ça.

L’autre confirmation, c’était en espionnant des conversations pas rapports de copains facebookiens. Quelqu’un que je connais disait qu’elle n’avait plus temps de faire de la photo et qu’elle s’en ennuie, et puis un autre quelqu’un que je ne connais pas qui répondait il faut prendre le temps de prendre le temps, wow merci, et puis un autre inconnu qui rerépondait à l’autre inconnu haha le temps les enfants les parents la job la vie dans la même phrase haha ben oui. Comme quoi, juste cette semaine, on a l’air d’être une couple de personnes qui prennent le temps de penser au temps. C’est déjà ça.

Mais j’en ai du temps, avec la route pour me rendre n’importe où, mais ce n’est pas facile d’écrire en conduisant – et la télé me dit que c’est pas une bonne idée non plus. Je pense à des trucs, parfois, et il m’est même déjà arrivé de me ranger pour l’écrire, mais pas souvent parce que, quand je suis sur la route, j’ai souvent faim ou je suis endormi. Alors, je veux me rendre n’importe où. Et puis, depuis que je suis équipé d’un téléphone semi-intelligent, dixit le vendeur de Vidéotron (je n’aime pas les machines plus intelligentes que moi), j’ai une joyeuse fonction qui s’appelle « enregistrer des mots en rentrant dans le cul du 10 roues qui me précède ». Et c’est par cette fonction, en revenant de Trifluvie jeudi dernier, que j’ai mémorisé les quatre premiers vers de cette version de The Ubiquitous Mr Lovegrove de Dead Can Dance. J’ai poursuivi l’écriture sur la table de la cuisine avant d’aller me coucher, puis un peu le vendredi, ce week-end, hier…

C’est en écoutant la pièce, fort jolie et beaucoup plus poétique que ma vulgarisation, ou québéquisation, que j’ai pensé aux premiers vers que j’ai trouvé bien comiques. J’ai voulu poursuivre avec ce même ton un peu casual, mais mes vieilles habitudes sont revenues. Le rythme s’est installé et je l’ai peaufiné un peu – il rappelle un peu celui de la pièce musicale, mais avec la rigidité de la métrique écrite. Rigidité, ici, qui m’agace : je lis « Moi j’fais l’mongol » plutôt que « Moi je fais le mongol », et c’est comme ça partout. Mais j’ai déjà dit que je n’aimais pas les raccourcis de métrique comme les interjections ou les élisions à l’écrit.

Je suis déçu d’avoir perdu un vers. À l’origine, la fin de la première strophe se lisait ainsi :

Tu me fais danser
            Au rythme de ta déhanche

J’aimais bien cette idée d’être esclave – concept directement repris du vers original – d’un coup de hanche volontairement jeté dans sa direction avec une négligence étudiée. Ça allait bien avec l’esprit de la pièce. Mais je n’arrivais pas à le faire suivre, à la fin de la deuxième strophe. J’aurais pu sacrifier la rime, mais une rime sacrifiée dans un ensemble rimé, ça fait cheap. Ça m’a toutefois permis d’emprunter l’image de la tombe, elle aussi liftée du vers original qui a toutefois beaucoup plus de mérite :

Now I’m serving time in a domestic graveyard

La dernière strophe est arrivée comme un a posteriori, comme dans la chanson aussi, où ce propos est aussi mis à l’écart de la mélodie principale, comme épilogue à la pièce. J’aime l’effet que ce changement de rythme apporte à la finale.

mercredi 10 octobre 2012

Inspiré de When Under Ether


INSPIRÉ DE WHEN UNDER ETHER

J’observe se défiler les rideaux
Qui s’enroulent contre le temps
Comme la bande vidéo
D’un futur inexistant

Sous les vapeurs de l’éther
J’ai construit son avenir
Comme l’aurait fait une mère
Comme s’il pouvait survivre

Une femme me prend la main
Et me regarde avec bonté
Je lui raconte le récit incertain
De tout ce qui aurait pu exister

Cette vie qui m’aurait fait mère
Meurtrie sans être née
Disparaît doucement dans l’éther
Et s’envole vers l’éternité




Inspiré, très fortement, de When Under Ether de PJ Harvey, mais sans être une traduction (j'en reviens à l’idée de version), et aussi de la triste histoire d’un ami. Un peu brut, ces vers pourraient mériter d’être polis, mais j’ai l’impression que c’est l’inspiration d’un moment (d’un long moment – 50 minutes du bureau à la maison…). Je ne sais pas si je devrais mettre ça dans l’état actuel. Bah. Tant pis. Je l’aimais bien tantôt.

jeudi 4 octobre 2012

Au final


Des mots se forment dans mon esprit
Mais hésitent à franchir ma voix
Car parfois tout semble avoir été dit
Et il ne reste plus que toi et moi
Au final
            J’aurais eu envie de parler
            Mais tu t’étais déjà levée

Quand je me suis rendu au lit
Et me suis étendu près de toi
Tu étais déjà endormie
Et avais pris tous les draps        (moi j’avais froid)
Au final
            J’aurais bien aimé me rapprocher
            Mais tu as comme grogné

Ce matin quand tu es partie
Et que je t’ai soufflé au revoir
J’ai réalisé avec tragédie
Que tu ne reviendrais pas ce soir
Au final
            J’aurais dû me mettre à parler
            Même après que tu te sois levée

Écrit dans le temps d’une douche, en attendant de prendre la mienne parce que je suis crotté du terrain sous la pluie, et puis sans pratiquement de révision. C’est le fragment de phrase « au final » qui m’a orienté, mais encore une fois la destination n’a pas été celle que j’anticipais. Mon stylo-bille mexuscan cargo (aucune idée d’où ça vient, mais c’est laid en titi comme stylo!) m’a amené ailleurs, m’a fait raconté une histoire qui est sans doute bien commune, bien banale. L’art de la discussion, surtout celui qui ne ressemble pas à un art, se perd de nos jours… On fait du bruit plutôt que dire des choses, et puis, ça mène souvent nulle part.

Suffit maintenant, je vais me décrotter et me taper Halloween 2. Ce qui n’a absolument pas rapport avec rien.

dimanche 23 septembre 2012

Fragment chez Purolator - We came along this road



J’étais ton amant
J’étais ton copain
Mais pour toi tous mes sentiments
Ne valaient plus rien

Tu étais mon amante
Tu étais mon amie
Pourquoi a-t-il fallu que tu me mentes
Pourquoi m’as-tu trahi?

Écrire, écrire, écrire dès que j’en ai l’occasion, et provoquer l’inspiration, même si c’est de la petite rimette sans envergure, pour exercer le muscle d’écriture.

C’est Nick Cave qui m’a inspiré encore une fois. Ça faisait quelques jours que je pensais travailler à une nouvelle traduction d’une pièce de No More Shall We Part – je pensais à The Sorrowful Wife, mais le sous-texte et ses différentes interprétations possibles me faisaient craindre de n’y voir que le premier niveau, de manquer ce qui rend cette pièce si bonne (et puis, sans piano, alors que toute l’émotion de cet homme qui regarde sa triste épouse passe par ce piano).

En montant chez Purolator (une route de 30 minutes, quand même, c’est pas la porte, ça laisse le temps de réfléchir…), je réécoute encore crier cet époux désespéré – J’étais aveugle! J’étais un con! – puis commence We came along this road, une pièce que j’ai toujours trouvé secondaire sur cet album. Deux couplets, non consécutifs, m’ont accroché et se sont inscrits dans ma tête, un peu à cause de l’apparente facilité de les traduire.

I was your lover
And I was your man
There never was no other
I was your friend
Till we came along this road

Et puis

You were my lover
You were my friend
There never was no other
Hope you understand
Till we came along this road

Puis je me suis mis à jouer un peu avec la « traduction » que j’avais en tête, changeant l’ordre des idées, et puis changeant un mot ici et là, et puis changeant un sens ici et là, et puis y ajoutant une nouvelle symétrie et une complétude que ne pouvaient avoir les originaux sans le reste de la chanson. Et puis, j’en ai fait ce qu’on pourrait appeler une version. On faisait ça dans mes cours de Grec (ou de Latin, je ne sais plus) – en fait, on fait ça dans tous les cours de langue, mais on appelle ça traduction, alors que dans ce cours-là (ça doit être celui de Grec, car il me semble ne pas avoir retenu grand-chose du Latin), on appelait ça « version », par opposition à « thème ». Mais le mot « version » prend un sens complémentaire dans ce que je fais ici et là et que j’appelais avant « traduction » : je ne dis pas en français ce que voulait dire l’auteur original, mais je me l’approprie, et j’en change même le sens. Comme si je décharnais ses vers, reprenais leur squelette que je réalignais différemment avant d’y greffer une chair qui serait la mienne. Ce n’est pas du Original LG, mais c’est plus qu’une bête traduction. C’est une version; ma version.

La valeur de ce genre d’écriture pourrait être discutable – dans le sens qu’on pourrait en discuter. Non, ce n’est pas du tout-moi, mais l’exercice me plaît bien, pour le muscle surtout. Écrire, écrire, écrire, même quand je n’ai rien à dire – pour que je puisse éventuellement écrire sur commande. À ce moment-là, je serai écriveur.

Le papier, alors là, je me suis surpassé! Pas de crayon ni de papier avec moi en arrivant chez Puro, et une peur bleue de perdre ma rimette. Heureusement qu’il y avait une file, un crayon attaché au comptoir et mon slip de livraison entre les mains… Encore une fois, j’ai probablement eu l’air bizarre.

mercredi 5 septembre 2012

La corde à linge



Soutif blanc, tanga rouge
Regard innocent ou moue farouche

Brassière canari bien légère
Pour jour de pluie et jeu de chair

Culotte bleutée quasi transparente
Laissant deviner ton entrejambe

Guêpière et corset d’un blanc immaculé
Porte-jarretelle discret finement décoré
Témoins muets de grandes soirées

Nuisette de satin, blanche et bleue
Pour les caresses du matin, au réveil langoureux
Je la lèverais doucement, quand tu dormirais encore
Au petit matin blanc pour surprendre ton corps

Tes cheveux d’or sur ton corsage noir
Qui laisse sans effort entrapercevoir
La symphonie de ton corps qui valse dans le noir
Et qui valse encore et qui valse sans savoir
Qu’il est métaphore de ton corsage noir
Accroché dehors sur ta corde séchoir

Quelques vêtements accrochés dehors
M’auront impunément raconté ton corps

L’inspiration vient parfois en de bien drôle d’endroits. Un jour pendant l’été qui s’achève, j’étais dehors à décrocher les vêtements de la famille de la corde à linge. C’est bien cute, des petits chandails, et ça fait sourire, des bobettes de Batman (pas les miennes, celles de mon garçon). Mais tout notre linge passait par cette corde, et je me suis drôlement senti exposé quand j’ai décroché une de mes paires de boxers que je ne devrais pas mettre si je prévois faire un accident, m’aurait dit ma mère… Les boxers, propres mais maganés, ont pris la direction de la poubelle. Ma tête a pris une autre direction.

J’ai eu l’idée d’un poème qui aurait célébré les sous-vêtements d’une dame, inconnue et que je n’aurais jamais vue. J’ai écrit, sur un carton, « La corde à linge » pour me souvenir de mon idée, et j’ai vaqué à mes autres occupations, somme toute beaucoup plus plates que rêvasser à des sous-vêtements féminins, vous en conviendrez… C’est resté là, sur mon bureau, pendant longtemps – quatre, cinq, six semaines. Un moment donné, quatre vers d’introduction s’y sont glissés, mais je ne les aimais pas, ils faisaient trop convenus, trop mise en place, trop, je ne sais pas, narratifs. Alors, j’ai mis le carton de côté, incapable de poursuivre car assis sur un mauvais départ.

Puis le cœur de la chose s’est développé de façon saccadée ces deux dernières semaines. Exit la mise en place, j’entre dans le vif du sujet sans rien situer. J’aligne sur ma corde à linge imaginaire tout mon vocabulaire de lingerie en leur donnant des couleurs, des textures, et des contextes.
J’aime beaucoup les deux dernières strophes. L’avant-dernière, d’abord, celle de la valse, qui se lit un peu comme une danse – une, deux, une, deux (bon ok, je sais, la valse a trois temps, mais bon, que voulez-vous, j’en ai deux dans mes vers). J’ai eu un peu de misère avec la deuxième partie du dernier vers – il est resté incomplet pendant plusieurs jours, mais le reste est venu plutôt rapidement. La dernière ensuite, qui devenait essentielle après avoir enlevé la mise en contexte. Elle a été écrite à la toute fin, après même avoir dactylographié le reste, et j’aime bien le voile qu’elle jette sur tout ce qui précède – tout ça, c’était une rêvasserie.

J’ai pris bien des libertés dans l’écriture de cette corde à linge. Aucun vers n’a été compté, mais malgré ça je trouve le rythme intéressant, bien qu’irrégulier. Mais peut-être que c’est juste pour moi – j’ai écrit la chose, alors je lui impose un rythme qui va avec ce que je veux dire et comment je veux le dire. Le défi, c’est de faire reproduire ce rythme dans la tête du lecteur. C’est l’avantage, je crois, des vers comptés : on contrôle peut-être un peu mieux comment la pièce est lue. J’ai aussi pris quelques libertés avec les rimes (rouge/farouche; transparente/entrejambe). Les sons se ressemblent, et si j’étais réciteur je pourrais sans doute les faire sonner assez semblablement, mais ici c’est plutôt le lecteur qui devra simuler ces rimes. Je sais que, personnellement, quand je lis de la poésie et que les rimes sont fausses, ça me stoppe un peu. Placés au début, ils pourraient canarder toute la suite… Je le publie comme ça quand même, parce que je l’aime déjà bien. J’y reviendrai peut-être. (right.)