jeudi 28 juin 2012

Vous, vos souliers



Vous vos souliers ont beaucoup voyagé
Ils sont passés du sommeil à l’éveil
Et vos souliers auront vu la cité
Pendant la nuit et sous le Soleil

Vous vos souliers ont marché par milliers
Vous vos souliers ont marché bien rapides
Et quand vos souliers se sont fait arrêter
Ils sont repartis plus libres

Sur vos souliers le mépris a frappé
Des cris de haine, des coups d’ignorance
Malgré tout cela vos souliers ont gardé
L’idéal de la désobéissance

S’ils ont marché pour poursuivre une idée
S’ils ont couru pour leur juste part
Z’êtes pas rendus plus loin qu’en février
Mais marchez plus fort

Tous les souliers qui bougent dans les cités
Souliers de gueux, souliers de guerre
Un jour cesseront d’user les pavés
Pour écraser cette vipère

Nous nos souliers s’étaient vite fatigués
Nous nos souliers n’ont pas été capables
Mais maintenant vont vous accompagner
Dans votre marche admirable

Retour en classe vos souliers mes amis
Ne voyageront plus toutes les nuits
Dépêchez-vous de bien user vos souliers
Si vous voulez être écoutés
Si vous voulez étudier

Un hommage, ou un pastiche, de la chanson de Félix Leclerc, pour rendre hommage à ceux qui marchent, présentement, pour des idéaux qui me rejoignent beaucoup. Je suis plus ou moins satisfait du résultat, surtout passé la deuxième strophe.

Je me suis collé au texte original pour avoir une idée semblable, et une forme semblable, à la chanson, ce qui a sans doute un peu miné le résultat. La cinquième strophe, d’ailleurs, est une reprise pratiquement mot à mot du texte de Félix :

Tous les souliers qui bougent dans les cités
Souliers de gueux, souliers de guerre
Un jour cesseront d’user les planchers
            Peut-être cette semaine

C’est peut-être en me collant trop près de la chanson originale que j’ai eu de la misère avec le rythme. J’ai écouté plusieurs fois ce clip, ce qui a fait que j’ai écrit mon imitation en gardant en tête sensiblement l’air de Félix – je n’arrive, en relisant, à m’en départir qu’avec un effort. Dans ce temps-là, quand je le lis comme un poème, et non comme une chanson, le rythme s’écrase de façon monumentale. Ce n’est pas le cas du texte original, ou en tout cas beaucoup moins. Faut dire que je n’ai fait aucun effort du côté du décompte des pieds (ça fait une couple de trucs que j’écris, d’ailleurs, qui évacue cet aspect...)

Le propos est également inégal. J’ai fait un effort tout au long du texte pour éviter le grandiloquent – exit les prétentions de révolution, out les histoires de guerre civile, qui auraient décrédibilisé mon propos. Ce sont particulièrement les troisième et quatrième strophes qui m’ont donné de la misère. La toute première version l’avait trop personnalisé, en parlant, par exemple, du parti libéral. La seconde version a produit la troisième strophe telle que présentée, mais parlait de la gratuité scolaire dans la quatrième. Outre le fait que je j’ai personnellement de la difficulté à y croire, je trouvais encore une fois que ça rendait le tout trop… ponctuel. Je voulais quelque chose de plus rassembleur, sans porter un jugement sur les enjeux – sauf celui, incontournable, d’écraser la vipère. 

lundi 18 juin 2012

J'inexiste, le (premier ?) texte


Je m’anarchise seul dans mon coin
Et perds la gouvernance de mon cœur
Laissant naïvement libre cours à ma main
Qui va triomphante parée d’airs de grandeur
            Qu’il sourit, mon visage! Qu’il soit triste!
            De toute façon, moi, j’inexiste

Seul derrière des paravents de faux-semblants
Blotti sous une cape de sauf-conduits
J’observe silencieux le passage du temps
Qui ricaneux s’écoule cruel au ralenti
            Attaque! Lui dis-je, si c’est ton caprice
            De toute façon, moi, j’inexiste

Et alors que me frappe sa lame de dédain
Et qu’il m’assassine en silence à grands coups d’heure
Et alors que je m’écroule sur le sol sans témoin
Sans amis, pour sûr, mais aussi sans malheur
            S’envole mon silence, je me mets à hurler
            « Je n’ai pas encore fini d’inexister! »

L’écriture automatique, les vers spontanés, mènent à des pièces qui peuvent être obscures même pour leur auteur. Je ne suis pas certain de la signification de ce texte, mais je le trouve joli, j’en aime les sons, les images, l’atmosphère. Il y a deux ou trois semaines, j’ai retrouvé cette page brouillon sur mon bureau au Collège. J’avais complètement oublié que j’avais écrit ça jusqu’à ce que je la retrouve. Le texte n’était pas complet : il manquait les deux derniers vers. Ils ont été difficiles à trouver, et je ne suis pas encore tout à fait à l’aise avec ceux que j’y ai mis – quand le reste du texte a été écrit d’une traite, il y a quelque temps, il n’est pas facile de se remémorer l’état d’esprit dans lequel j’étais, ni même quel était le sens que je visais, s’il y en avait un. Je me souviens que mon crayon – un pousse-mine orange qui ne fonctionne plus maintenant… — s’est arrêté au quatrième vers de la troisième strophe, et je n’arrivais alors même pas à proposer une ligne au papier. Je m’étais donc arrêté là, coït poétique interrompu avant la finale qui, pourtant, s’annonçait bien. On voit d'ailleurs qu'il n'y a aucune rature, et à peu près aucun changement, dans les seize premiers vers, alors que j'ai réécrit plusieurs fois les deux derniers...

Je parle de vers spontanés, mais il y avait eu une provocation à ceux-ci. Ça faisait déjà quelque temps que je me disais qu’il faudrait bien que j’écrive une pièce éponyme au titre du blog, cette idée d’inexistence que j’ai un peu placée au centre de ce projet – une idée, ou un fantôme, une ombre que je ne pourrais encore vraiment mettre en paroles. J’attendais un peu le millier de visites, puis les six mois de mise en ligne. C’était ma première tentative, et je savais déjà qu’il y en aurait d’autres. Alors j’avais ce thème, « J’inexiste », qui orientait un peu l’errance du crayon.

Et, pour l’histoire, il y a déjà eu une seconde tentative, qui à mon souvenir n’était pas mauvaise du tout. Écrite en plusieurs temps pendant une même soirée – celle du party de fin d’année au Collège –, elle prouvait que je pouvais encore écrire quelque chose de sensé même quand je suis un peu en boisson, même dans des endroits bruyants, et selon mon souvenir quelque peu confus je l’avoue, ce n’était pas mal du tout. Mais il arriva ce qui devait arriver : j’ai perdu le papier que j’ai sans doute mal remis en poche, alors il y a un figurant qui a trouvé ça et qui n’a sans doute pas été capable de lire mes pattes de mouche affectées par l’alcool. Zut. Tant pis.

Revenons-en à J’inexiste version 1. Quelques commentaires sur le fond. L’idée de verbifier (?) le mot anarchisme a été reprise dans Liberté! Un poème cochon que j’ai écrit après ceci. « Je m’anarchise », c’est un peu dire que mon corps, mon être, mon moi se révolte et répudie son maître habituel, mon esprit, ma raison, ou mon cœur, ça dépend des jours, ça dépend des heures. J’aime bien ce néologisme. La première strophe semble dire que mon corps fait un peu ce qu’il veut, il est là, mais, moi, je n’y suis pas, et je m’en fous.

La deuxième strophe est plus obscure. Je me souviens que le mot « sauf-conduit » est venu de lui-même comme pendant à « faux-semblant », bien qu’à part le trait d’union et la métrique des mots, ils n’ont rien en commun au sens ou au son. Le deuxième vers m’a pour un temps laissé perplexe – qu’est-ce qu’une cape de sauf-conduits? Mais je suis arrivé à le rationaliser un peu : comme j’habite maintenant mon corps d’une façon un peu illégitime – je me suis ostracisé dans la strophe précédente –, cette cape représente toutes les exceptions qu’il m’a fallu aller chercher pour être autorisé à y rester. Mais je n’y suis pas à l’aise, et je me cache, je sais que je suis un ennemi parmi mes ennemis. Et ceux-là, le Temps en premier lieu, jouent avec moi, rient de moi, me taquinent, m’agacent, me narguent.

Et quand finalement j’en viens près de la disparition, je réagis : j’aime cette inexistence, qui fait de moi celui que je suis, et qui me permet de faire ce que je fais. Si, jusque-là, je semblais être indifférent à ma condition, et même en venir à penser souhaiter sa fin, j’en arrive finalement, peut-être trop tard, à réaliser que c’est une condition que j’avais choisie, que j’aimais, et que je voulais poursuivre.

Le vers
Sans amis, pour sûr, mais aussi sans malheur
est celui qui me fait douter des deux derniers vers. Ce vers semble indiquer l’acceptation résignée de la solitude au moment de l’épreuve – oui, je suis seul, mais il est sans doute moins malheureux d’être seul que d’être avec des amis qui tenteraient sans doute de me sauver, ou dont la tristesse survivrait à ma mort. S’il y a cette acceptation au quatrième vers, pourquoi soudainement aux cinquième et sixième vers je désire survivre?

C’est quand même étrange, faire l’exégèse de son propre texte… 

vendredi 8 juin 2012

LIBERTÉ! Un poème cochon


Approche libertine,
Allez, viens embrasser ma liberté coquine
Prisonniers de ce lit nous serons insoumis
Je suivrai ta langue comme unique doctrine
Et ton corps sera ma seule philosophie

Je suis l’otage de ton souffle soupirant
Lui-même esclave du Capital érotique
Alors viens, anarchisons nos sens décadents
Qui s’enflamment en désobéissance lubrique

Laisse s’évader ta généreuse poitrine
Des prisons délicates de ta lingerie
Et dévoile à mon regard tes courbes divines
Et toutes les splendeurs de ton corps interdit

Émancipons-nous enfin des tabous d’antan
Qui retiennent nos corps par des chaînes tragiques
Envolons-nous dénudés vers le firmament
Où libérés nos corps deviendront séraphiques

Approche libertine –
Alors que je te possède entre les cuisses
Toi – rebelle coquine
– Révolutionne doucement mon pénis

J’ai parfois des éclairs de génie.

Je m’emploie alors activement à tenter de les corrompre le plus possible.

Ce poème est inspiré de quelque chose que j’avais écrit sur Facebook, où je disais, grosso modo, que les libertariens me tapaient sur les nerfs, que je trouvais naïfs les libertaires, et que somme toute je préférais nettement à tous ceux-là les libertines. J’avais là un fort joli jeu de mots, que j’avais fort bien écrit, qui est passé fortement inaperçu, mais qui m’est resté et qui a mené à une première version de ce poème.

Dans celui-ci, je mettais en opposition les visions libertarienne et libertaire de la liberté, en tentant de les rendre aussi inutiles l’une que l’autre – la première par son fonctionnalisme individualiste, la deuxième par son utopiste révolutionnaire. Et je terminais en disant, finalement, viens ma belle, laissons-leur leur débat; nous, par nos ébats, nous allons nous faire une petite liberté en tête à tête. Genre. Mais les deux premières parties étaient faibles, très faibles, tiraient dans tous les sens. Et je crois que nommer Éric Duhaime ou Joanne Marcotte dans un poème érotique, ben, c’est un peu comme voir Éric Duhaime ou Joanne Marcotte pendant une aventure érotique. Frisson garanti, mais pas pour les bonnes raisons.

D’où cette nouvelle version, qui s’en tient à la partie cochonne de l’exposé.

C’est un de ces papiers que j’ai laissés traîner sur mes bureaux, sans vraiment vouloir y retoucher pendant quelque temps par peur de le rater. Il a été écrit en plusieurs séances, strophe par strophe, et même parfois un ou deux vers à la fois. Hier, j’ai fait une refonte à peu près complète de la progression, menant à une redivision des strophes et à quelques changements dans l’ordre des vers, ce qui m’a aidé, je crois, à poursuivre l’écriture. Depuis le début de ce blog, j’ai rarement planché sur des vers comme je l’ai fait ici, écrivant, et réécrivant, sur papier et dans Word.

Comme je l’ai déjà écrit, mes vers se composent souvent en quasi-alexandrins – en douze pieds, plus ou moins un. Ce damné pied de trop ou de manque est une source de frustration – il arrive que j’adore le vers dans son irrégularité, mais avoir un vers de 11 ou de 13 pieds dans une série où ils font tous 12 pieds paraît mal – même lorsque je commence en me disant que je vais me foutre du décompte. Comme si un taouin allait se mettre à compter mes pieds. J’ai laissé tout de même le dernier vers à 11 pieds, en ajoutant une pause de circonstance juste avant. La pause se justifie par le rebelle coquine mis entre tirets, mais aussi, et surtout, par la chute.

Ah, cette chute! Elle m’est apparue rapidement, dès les premières écritures, et je ne savais pas si j’étais sérieux ou non. Vais-je vraiment écrire ça? Et si oui, vais-je le publier? Malgré sa vulgarité, j’aime ce vers, j’aime l’expression. J’ai réaménagé un peu la strophe, car la première version rendait sa lecture difficile, à cause du rythme. Elle n’est peut-être pas toujours aisée à la première lecture, avec les pauses que j’y impose par ponctuation – quelque chose que je ne fais pas souvent. Mais je crois qu’à la relecture, ça se replace.

mardi 22 mai 2012

Dans une boîte de clous


Dans une boîte de clous j’ai trouvé
L’histoire d’une poignée de colons
Qui sont venus là sans jamais penser
Qu’ils y venaient pour fonder une nation

Dans une boîte de clous j’ai trouvé
La grandeur de ce rêve fondateur
Et par la forme de clous décorés
J’ai vu resplendir la gloire et l’honneur

Dans une boîte de clous j’ai trouvé
L’élégance de l’ouvrier agricole
Qui dans sa vie en aura échappé
Quelques dizaines sur le sol

Dans une boîte de clous j’ai trouvé
Le souvenir d’un grand-père éloigné
Qui jouait de son marteau fort usé
Pour enseigner à ses fils son métier

Dans une boîte de clous j’ai trouvé
Toute une histoire pour ma descendance
Et ceux qui cherchent à nous les enlever
Ne pourront jamais en saisir le sens

Car
Dans cette boîte de clous se trouvait
La mémoire de la nation
Et ils sont de ceux qui préféreraient
Qu’on en efface jusqu’au nom

Je n’ai pas beaucoup la tête à réfléchir ce soir, mais je suis tout de même retombé sur ce texte que j’avais laissé traîner sur mon bureau. Je me souviens l’avoir pensé (dans la douche, pour ceux qui veulent se rincer l’esprit), l’avoir mis sur papier, puis l’avoir trouvé moyen. Je l’ai donc laissé traîner, me disant officiellement que j’allais y revenir, croyant quelque part dans le fond de ma tête que je le laisserais sans doute incomplet. J’ai un ou deux autres textes du genre qui traînent ici et là, que je devrais peut-être tenter de retoucher, mais qui m’inquiètent – j’ai peur que si j’y retouche, le résultat ne soit pas à la hauteur de mes attentes…

Je me suis mis à relire celui-ci ce soir et, ma foi, il n’était pas si pire que ça. J’ai fait sauter une ou deux strophes, j’en ai ajouté une autre, ce qui en a amélioré la progression. J’ai retravaillé la longueur des vers pour garder un rythme constant. Le propos me semble moins fort que ce que j’aurais aimé, mais je peux vivre avec.

Ce propos est inspiré des récentes compressions à Parcs Canada, affectant massivement le centre de service de Québec et particulièrement l’équipe archéologique, et le déménagement des collections archéologiques de Québec vers la région d’Ottawa (sur la rive est de l’Outaouais, attaboy, me voilà tellement plus heureux!). Je voulais signifier un au revoir à ces collections, qui permettent de mieux comprendre le passé, de mieux documenter notre Histoire (ou permettaient, c’est selon, seul le temps le dira, ce qui est ironique parce que d’habitude ce sont elles qui disent le temps mais bon tant pis, c’est juste des clous et puis, tiens, enfermés dans un gros entrepôt ils retrouveront peut-être leur fonction première, soit de fermer des caisses, ce qui est joyeux, j’imagine, pour un clou, en train de rouiller à l’abri des regards, que de retrouver sa fonction). Sans équipe affectée à leur étude, et une équipe réduite chargée de les conserver, ces objets s’enfouiront sans doute tranquillement dans l’oubli. Et perdre son passé, c’est beaucoup perdre son identité. Et perdre son identité, c’est beaucoup hypothéquer son avenir.

Mais, bon, je l’ai dit, je n’ai pas la tête à réfléchir.

lundi 30 avril 2012

Deux hirondelles



J’ai vu valser deux hirondelles
S’ébattre en amoureuses du bleu de ses yeux
Il suffisait de lui dire qu’elle était belle
Pour qu’elles volent sous ses cieux

J’ai vu valser deux hirondelles
Par une délicate journée de printemps
Et alors que j’observais leur danse sensuelle
Je les vis arrêter le temps

J’ai vu valser deux hirondelles
Quand je lui ai dit –
                                   – t’es belle

J’avais une commission à faire - je devais aller chercher des documents, et laisser en échange d’autres documents, un peu comme un agent secret, mais en beaucoup moins cool. Une bonne route tout de même, près d’une demie-heure à l’allée, et une autre (évidemment) au retour. C’était une journée un peu froide, mais ensoleillée. En quittant le lieu de cueillette et dépôt, je démarre le moteur, manœuvre pour sortir du stationnement, et puis voilà que me survolent deux oiseaux, qui se battaient, ou s’embrassaient, ça dépendait un peu de l’humeur du spectateur, je dirais, alors disons s’ébattaient, c’est comme se battre, mais en plus positif.

Ç’a été une image d’une fraction de seconde, en contrejour, et comme je suis plutôt nul en ornithologie, je suis présentement incapable de dire si c’était des hirondelles. Mais, étrangement, ça m’a fait penser à deux hirondelles qui dansaient en vol, alors, qui sait, peut-être était-ce des hirondelles. Cela n’a que peu d’importance.

J’avais mis Old Ideas de Leonard Cohen dans le lecteur, et sa pièce, incroyable, Come healing jouait à ce moment. L’image des oiseaux et la musique, en se combinant, m’ont donné le goût d’écrire ceci – comme quoi l’inspiration, c’est une question d’environnement (tiens, un beau slogan pour Greenpeace). Avec la colère ambiante qui pèse ces temps-ci, et avec ma colère qui n’est pas ambiante parce que très distinctement localisée dans la région de mon plexus solaire, j’avais besoin d’écrire quelque chose de gentil, quelque chose de cute, et, peut-être, quelque chose de beau. Je me suis donc accroché à cette idée des deux hirondelles en revenant vers la maison, en jouant avec des rimes en –elle et en –eu. Éventuellement, je suis descendu ici-bas pour voir si j’avais réussi à mettre des mots dans un ordre qui pouvait me plaire. J’en ressors avec une pièce un peu naïve, mais que je trouve jolie.

L’idée du vers

Il suffisait de lui dire qu’elle était belle

m'est venue la semaine dernière. Je ne savais pas le pour quoi de ce vers; juste de « lui » dire ça, et ça aurait du suffire, pour quelque chose. Cette petite phrase, deux sons – t’es belle – et alors les possibilités explosent. Essayez-le, c’est sans doute vrai.

Le bleu des yeux, c’est ce qu’on appelle une licence poétique. Car la mienne a les yeux vert et noisette, genre, ce qui fait beaucoup de pieds, et puis en plus, ça ne va plus avec tout le reste de l’imagerie, le ciel, les hirondelles…

dimanche 29 avril 2012

Pauv' conne


Tu m’excuseras pauv’ conne
D’avoir un air fâché
Quand je t’entends qui sermonne
Les étudiants révoltés
Qui ont eu le malheur
D’avoir élevé la voix
Pour défendre leur valeur
Quand toi t’en as pas
Dis-moi t’as pas eu honte
En agissant comme ça
Quand tout ce que tu montres
C’est ta mauvaise foi

Pauv’ conne tu en veux à la CLASSE
Espèce de charogne, des lunettes, ça se remplace

Les rues sont pleines de monde
Pis toi tu ne fais rien
Alors la colère gronde
Face à ton baratin
Pour se sortir de la crise
Ils se sont réunis
Parce que tu voulais qu’ils disent
Les mots que t’avais choisis
Toi tu restes à te taire
Dans un silence malin
Quand les forces policières
Lèvent un peu trop le poing

Pauv’ conne, tu t’offusques de leur silence
Mais tu te cantonnes dans un débat de sens

Tu ne saisis toujours pas
Pourquoi monte la grogne
Quand on entend ta voix
On se fout tous en rogne
Tu pensais plaire
À la base de ton parti
Mais tu nous fous en colère
Avec ton ostie d’mépris
Tu voudrais faire plaisir
Aux financiers qui chapeautent
Et permettent de réélire
Charest, Dutil et les autres

Pauv’ conne tu cesses pas de mentir
Ensuite tu t’étonnes de voir que ça empire

Ils sont tous venus
Pour pouvoir négocier
Ils ne t’ont même pas vue
Tu t’étais déjà poussée
Ils ont continué pareil
Bien tard dans la nuit
Quand est arrivé le soleil
C’était déjà fini
Tu t’es trouvée bien forte
En imposant 48 h
Car tu savais que de la sorte
T’exciterais les casseurs

Pauv’ conne tu savais déjà
Que c’tait d’autres personnes qui faisaient d’la casse

Tu m’excuseras pauv’ conne
D’être encore fâché
Après cet ultimatum
Que ton boss a donné
Pour calmer ma fureur
Il faudra plus que ça
Que de faire le frimeur
Devant l’électorat
Il ne reste qu’une chose
Pour racheter ton mépris
Ton incompétence impose
Que tu prennes la sortie

Pauv’ conne, allez, réveille-toi
Pis démissionne avant de te faire crisser là.


La situation politique actuelle, au Québec, aura ça de bien qu’elle aura réussi à m’inspirer quelque peu des vers qui sortent un peu de mes habitudes littéraires. Un ami, sur Facebook, a dit espérer que Renaud reprenne son titre P’tite conne et qu’il l’utilise pour une chanson sur Line Beauchamp, après que celle-ci ait « expulsé » les représentants de la CLASSE des négociations pour une raison bidon. Quand elle a dit que la CLASSE « s’expulsait elle-même » à cause d’une manifestation qui avait dégénéré, alors que les manifestants criaient à la trahison parce que la CLASSE avait choisi de tenir leur manif un autre jour, pour respecter, peut-être un peu sans trop que ça paraisse, la so-called trêve imposée par la ministre. Bien longue histoire un peu conne, tout le monde savait que c’était bidon, cette excuse, et plusieurs ont soupçonné que Beauchamp a fait exprès pour que dégénèrent les manifs suivantes. C’est un gros finger qu’elle a fait avec sa grosse face de cheval.

Excusez-moi, ça paraît peut-être, mais je ne l’aime pas cette dame. Je préfère les barmaids… Ceci étant dit, cet ami, avec son vœu, m’a donné une idée : faire une parodie de la chanson de Renaud, en reprenant son air, en reprenant même ses rimes, pour écrire sur notre conne nationale de l’heure. Ce n’est encore une fois rien de bien recherché, je suivais directement la pièce de Renaud en tentant de surimposer mes mots aux siens, pour que ça fit dans le tempo (wouhou, une autre expression improvisée que j’adore : fitter dans le tempo). Comme on faisait quand on était ti-cul pis qu’on ne comprenait pas les paroles de Pour some sugar on me et qu’on les réécrivait donc en français (ou dans un anglais très approximatif). Quoi, je suis le seul qui a fait ça?

Ça donne un résultat que je crois au moins égal aux parodies qu’on entend dans les Bye Bye. J’ai pris certaines libertés avec certaines rimes (notamment, la première avec CLASSE/remplace, plutôt que pas/toi). J’ai aussi tenté de reproduire le style de Renaud, avec une certaine oralité de rue dans le langage, mais sans trop exagérer non plus. Il manque donc des syllabes, ou même des mots. Mais bien sûr, je ne prétends pas arriver à la cheville du vieux loubard alcoolo pour ses vers acérés… Je ne fais que du pastiche.

(Et une confession : pour une rare fois, j’ai utilisé des dictionnaires de rimes qu’on trouve sur le net… Pas de façon généralisée, et en fait, je crois que je les ai consultés, mais je ne suis même pas certain n’avoir utilisé un mot qui venait de ces dicos, mais, tout de même… C’est drôle, ça me donne un peu l’impression d’avoir triché)

(Et un BTW, pour ceux qui se sont rendus jusqu’ici, je suis en pause du défi 30 semaines, car mes semaines, eh bien, elles sont trop chargées pour encore au moins deux semaines…)

vendredi 20 avril 2012

Sacrifions Mascouche


Mon ami, pour tenter de sauver notre face,
Alors qu'on poursuit nos magouilles provinciales,
Il suffit de faire ce qu’il fallait qu’on fasse
Mais on attendait la période électorale.
Donc, pour cacher nos manœuvres un peu louches,
            Sacrifions Mascouche.

Les crottés qui sont là ne sont pas pires qu’ailleurs.
Mais ceux-là, on les a pognés à la télé.
On allait agir, c’était une question d’heures,
Alors envoyons maintenant Marteau cogner.
            Sacrifions Mascouche.

Peut-être oubliera-t-on l’attitude méprisante
Que nous crachons sur les travailleurs de demain,
Alors que crient les jeunes en tabarnouche,
            Sacrifions Mascouche.

Et il faut le temps que retombe la poussière
Sur notre plan Nord, élaborés entre amis.
En donnant à rabais nos ressources minières,
Certains disent qu’on a vendu l’économie.
Pour faire oublier les enverdeurs farouches,
            Sacrifions Mascouche.

Pour sans doute y découvrir des chiffres choquants,
Il faudrait qu’on fasse que les médias racontent
N’importe quoi, mais pas notre financement.
On donne Accurso, on fait la nitouche...
            Allons, sacrifions Mascouche!

Et au final, si cela n’est pas suffisant
Pour enlever la crasse de tous nos scandales,
C’est simple, je te dirai en souriant
Qu’il nous faut aussi sacrifier Laval...
            Et puis, Boisbriand!


Le texte ci-dessus diffère de l'original scanné, parce que je l'ai retravaillé, notamment pour lui donner une constance dans la longueur des vers et améliorer certains passages, sur la version dactylographiée. La page écrite était trop pleine, et écrite trop rapidement (j'avais de la difficulté à me relire!!) pour que je puisse compter les pieds correctement sur ces pattes de mouches...

J'aime le ton ironique de ce poème, et je suis surpris de la rapidité que ça m'a pris pour écrire le premier jet, hier soir. Faut dire que l'inspiration à ce sujet était facile à trouver...